Le charme discret de l'intestin

Guilia Enders

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Littérature


 

Guilia Enders n’est pas seulement une brillante gastro-entérologue, une auteure à succès où la personne avec l’accent allemand le plus mignon de toute la terre, elle est aussi et simplement une fille avec qui on aimerait pouvoir partager un brunch à discuter colon et de problèmes intestinaux :)

Ça, nous l'avons découvert en lisant son livre aussi drôle que complet, "le charme discret de l’intestin"

 

Dans ce livre, Guilia nous parle de nos intestins avec humour, « Depuis peu, la science considère l’être humain comme un véritable écosystème. Mais les recherches sur le microbiote sont encore de jeunes écolières avec un dent de devant en moins. » Elle nous raconte l’intriguant voyage de notre nourriture, de la bouche à l’anus, et nous aide à comprendre pourquoi prendre soin de notre intestin est primordial pour être en bonne santé.

Pour toi, SHEN a dévoré ce livre avec plaisir et te relate ici les passages que nous avons jugé être les plus informatifs concernant ce fameux… microbiote.

 

Attention : Petit thé fortement recommandé pour la lecture de cette article…

Guilia Enders par Dillian Cools

Le microbiote intestinal pèse deux Kg...

Et héberge environ 100 bilions de bactéries 

"À l’époque où on ne connaissait pas encore bien les bactéries, on les classait dans le règne végétal - d’où le nom de flore intestinale. Le terme de flore n’est donc pas tout à fait correct, mais il nous permet de bien visualiser ce dont il est question. […]

Pour être exact d’un point de vue scientifique, on devrait parler de microbiote (du grec: « petit » et « vie ») pour désigner la population de microbes qui nous habitent, et de microbiome pour désigner l’endroit où ils vivent, mais aussi la somme réunie de leurs gènes. […]

Les travaux visant à élaborer une carte des bactéries n’ont commencé qu’en 2007. […]

Parmis tous les micro-organismes qui se baladent en nous et sur nous - formant nos différents microbiotes -, 99% se trouvent dans l’intestin. […]

Le microbiote intestinale peut peser jusqu’à deux kilos et héberge environ 100 bilions de bactéries.

Un gramme d’excrément contient plus de bactéries qu’il n’y a d’êtres humains sur terre. Au delà de ces faits, nous savons aussi que la communauté microbienne décompose pour nous les aliments non digestibles, qu’elle alimente notre intestin en énergie, fabrique des vitamines, désagrège des toxines et des médicaments et entraine notre système immunitaire."

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L'intestin et...

Sa taille, si bizarrement grande!

« Au total, la surface dédiée à la digestion est cent fois plus importante que notre épiderme. Cela peut paraitre démesuré, surtout quand on pense qu’il ne s’agit que de faire face à une petite portion de frites ou à une simple pomme. Mais c’est justement sur cette disproportion que s’appuient les processus en oeuvre dans nos bedaines : nous nous grandissons pour réduire en petits morceaux tout ce qui vient de l’extérieur - jusqu’a ce que les fragments soient assez infimes pour être assimilés et devenir une part de nous même. »

Illustration par Jill Enders

Et surtout, son incroyable complexité...

"Petit à petit, on remet prudemment en question la suprématie du cerveau.

Il faut dire que les nerfs de l’intestin, comparés à ceux du reste du corps, ont de quoi impressionner - tant par leur nombre que par leur singularité. L’intestin a à sa disposition toute une cohorte de messagers chimiques, de matériaux d’isolation cellulaire et de type de connexion. Il n’y a qu’un autre organe qui offre une telle diversité : le cerveau.

Voilà pourquoi notre système nerveux entérique est aussi qualifié de « deuxième cerveau », parce qu’il est tout aussi étendu et présente la même complexité chimique. Mais si la mission de notre intestin n’était que de transporter les aliments et nous permettre de roter en même temps, un système nerveux serait une sacrée perte d’énergie.

Quel organisme irait donc constituer un tel réseau de nerfs  pour gérer un banal tuyau péteur? Il y a là de quoi creuser. […]

Les êtres humains savent depuis longtemps ce que la recherche découvre peu à peu : ce que nous sommes, c’est aussi ce que nous avons dans le ventre. Nous "avons les foies" ou "l’estomac noué" quand nous avons peur. (Pour ne pas dire : quand nous avons "la peur au ventre"). Nous nous "faisons pas de bile" quand tout va bien. Nous "ravalons notre colère", "digérons les affronts" qui nous sont faits et nos échecs nous laissent "un goût amer". Et quand nous sommes émus, nous sommes "pris aux tripes". Notre « moi » est dans l’alliance de notre tête et notre ventre - pas seulement du point de vue linguistique, mais aussi de plus en plus dans les laboratoires scientifiques."

Le nerf vague

La LGV Intestin-Cerveau

"Le nerf vague est la voie de communication la plus importante et la plus rapide entre l’intestin et le cerveau.

Il traverse le diaphragme, passe par le médiastin (la région entre les poumons qui contient, notamment, le coeur), longe l’œsophage, monte dans le cou et arrive au cerveau.

Une étude menée sur l’être humain a permis de montrer que les participants se sentaient bien ou au contraire angoissés selon la fréquence avec laquelle on stimulait ce nerf.

Depuis 2010, un traitement contre la dépression autorisé en Europe consiste à stimuler le nerf vague de manière à améliorer l‘état de santé des patients. Ce nerf, c’est un peu une ligne de téléphone qui relie l’intestin à la centrale cérébrale et lui permet de rendre compte de ses impressions."

 

Pour illustrer ce fait, "un patient sur quatre [traité au Prozac] fait face aux effets typiques que sont la nausée, la diarrhée, et en cas de prise prolongée, le ralentissement du transit. Pourquoi? Parce que le cerveau du ventre est doté des mêmes capteurs que le cerveau de la tête. Les anti dépresseurs, du coup, agissent forcément sur l’un et sur l’autre."

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Le système immunitaire

80% réside dans l'intestin

« La majeure partie (environ 80%) de notre système immunitaire est localisé dans notre intestin. Et ce n’est pas pour rien. C’est là qu’a été monté la scène principale de notre Woodstock bactérien et, quand on est un système immunitaire, on ne peut pas rater ça. […]

Dans l’intestin même, le système immunitaire doit être très attentif : il lui faut sans cesse réprimer son instinct de défense pour ne pas exterminer toutes les bactéries qui s’ébattent dans le coin. En même temps, il doit détecter dans la masse les organismes trop dangereux et les isoler du reste. Si nous prenions le temps de dire « Salut!» à chacune de nos bactéries intestinales, nous en serions quittes pour environ trois millions d’années. Notre système immunitaire, lui, ne se contente pas de dire « Salut! », il ajoute encore « Je te trouve très sympa » ou « Je te préfère morte ». […]

Le système immunitaire doit aussi faire la distinction entre les cellules des bactéries et nos propres cellules humaines. Au cours de leur stages dans l’intestin [les cellules immunitaires] apprennent à se montrer tolérantes envers les intrus ou plutôt à mieux réagir à leur venue. […]

Nous avons pu contacter que certaines espèces [de bactéries] rendaient notre sytème immunitaire plus tolérant, Par exemple en veillant à ce que la reproduction des cellules immunitaires pacifiques soit augmentée ou encore en agissant comme de la cortisone ou des anti-inflammatoires sur nos cellules.

Résultat : Le système immunitaire est plus détendu et moins belliqueux.

 

Aujourd’hui, nous savons que les tout premiers habitants de notre ventre sont des éléments déterminants pour l’avenir de notre corps tout entier. Sur ce point, les études mettent surtout en évidence l’importance pour le système immunitaire de premières semaines de notre existence, quand nous occupons notre temps à collectionner des bactéries. »

La météo intestinale

"Dans les situations de surpoids ou de sous alimentation, de dépression ou de troubles intestinaux chroniques, on constate une modification des conditions de vie bactérienne dans l’intestin. En d’autres termes : quand ça se passe mal chez nos microbes, ça se passe mal chez nous aussi."

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Le stress

"La recherche sur les bactérie permet en outre d’avancer que le stress est antihygiénique. Les bactéries qui survivent dans l’intestin quand les conditions vitales ont changé ne sont pas en effet les mêmes que quand on se la coule douce. Le stress, pour ainsi dire, influe sur la météo intestinale. […] Nous ne sommes pas simplement les victimes de nos bactéries intestinales et de leur influence sur notre morale, mais aussi les jardiniers de notre propre paysage abdominal."

Gestion des sentiments et de la douleur

"En 2013, un étude se penche pour la première fois sur les conséquences que des soins prodigués à l’intestin peuvent avoir sur un cerveau humain en bonne santé.

Partis du principe qu’il n’y aurait pas d’effet visible sur l’être humain, les chercheurs sont bien étonnés des résultats obtenus - et avec eux, l’ensemble de communauté scientifique. Suite à l’ingestion de différentes bactéries durant quatres semaines, certaines zones du cerveau des participants avaient subi de nettes modifications, et notamment les zones impliqués dans le traitement des sentiments et de la douleur. […]

Quand on souffre d’une irritabilité de l’intestin, il y a un dysfonctionnement de la communication entre l’intestin et le cerveau - et cela peut être pesant psychologiquement. Si pesant que les effets sont mêmes visibles sur un scanner cérébrale.

Lors d’une expérience, on a gonflé un petit ballon dans l’intestin des participants tout en surveillant leurs activité cérébrale. Chez les personnes test en bonne santé, l’image du cerveau est normale, sans aucune particularité du point de vue émotionnel. Chez les patients atteints du syndrome du colon irritable, le gonflement du ballon déclenche au niveau du cerveau une activité clairement identifiable dans une zone émotionnelle normalement chargé de traiter les sentiments désagréables. Chez les participants, le même stimulus avait donc franchi les deux seuils, et ils se sentaient mal a l’aise alors que rien ne le justifiait. […]

À travers une expérience comme celle du ballon, on a pu montrer que des sentiments de mal être et d’inconfort psychologique pouvaient être générés par l’axe intestin-cerveau."

Les probiotiques, prébiotiques & antibiotiques.

"Plusieurs études ont montré que les rhumes étaient moins fréquents ou moins sévères avec une consommation régulière de probiotiques."

«  La propreté dans l’intestin c’est un peu comme la propreté dans une forêt. Même la plus ambitieuse des femmes de ménages renoncerait ici à démontrer l’efficacité de sa serpillère. Une forêt est considérée comme propre quand elle est équilibrée. […]

Pour donner un coup de propre à l’intérieur de notre corps, nous disposons de trois nettoyants principaux : Les antibiotiques nous permettent de repousser les méchants agents pathogènes, tandis que les probiotiques et les prébiotiques favorisent ce qui nous fait du bien."

"Pro bios" signifie en grec "Pour la vie"

Depuis toujours, les êtres humains mangent des bactéries probiotiques.

Sans elles, nous n’existerions pas.

Les probiotiques sont des bacteries vivantes que nous ingérons dans le but d’améliorer notre santé.

(En Grec, « Pro bios » signifie « pour la vie ».)

Les bactéries prévenantes jouent un rôle important dans notre vie et nos entrailles.

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Cuisiner avec les bactéries

Nos ancêtres ne le savaient pas, mais intuitivement, ils avaient déjà développé de bonnes habitudes : ils protégeaient leur nourriture des mauvaises bactéries de la moisissure en faisant confiance aux bonne bactéries, dont ils se servaient par exemple pour augmenter la durée de conservation de leurs aliments.

Chaque culture recèle quelques plats traditionnels « cuisinés »par des microbes pleins d’attention.

Citons en France la crème fraiche, en Allemagne la choucroute, les concombres marinés ou le pain au levain, en Suisse le fromage à trous, en Italie le saucisson ou les olives, En Turquie l’ayran

La cuisine asiatique est très friande de ces spécialités, la soupe miso,

le kimchi ou la sauce soja en sont quelques exemples.

 

La diversité des aliments fermentés a beaucoup diminué.

L’industrialisation a entrainé la normalisation des processus,

désormais fondés sur quelques bactéries de laboratoire

sélectionnées individuellement.

 

Avec le temps, la notion de propreté est devenue de plus

en plus abstraite. […]

L’hygiène fondée sur la peur vise à tout éradiquer.

On ne sait pas très bien ce qu’on veut éradiquer mais on

pense en tout cas à quelque chose de méchant, de nuisible,

de fait, quand nous faisons le ménage de cette façon nous

éliminons tout : le mauvais comme le bon.

Les bonnes bactéries défendent notre intestin -après tout, c’est

leur patrie et elles ne sont pas du genre à laisser de mauvaises

bactéries leur piquer la place.

Elles vont par exemple s’installer juste à l’endroit où des agents

pathogènes aiment venir nous faire du mal. Quand la vilaine bactérie

arrive, elles sont déjà assises à sa place favorite et, le sourire railleur,

s’empressent de poser leur sac à main sur le siège d’à côté pour

prendre plus de place. […]

Elles peuvent aussi fabriquer de petites doses d’antibiotiques et d’anticorps avec lesquelles elles repousseront les bactéries étrangères qui oseraient pointer le bout de leur nez. Elles ont également recours à différents acides, car l’acidité ne sert pas qu’à protéger le yaourt ou le chou des bactéries de la décomposition : dans notre intestin, elles rendent les lieux si peu accueillants que les mauvais germes préfèrent ne pas y rester.

Les aliments fermentés

de notre quotidien

Bière, fromage ou café, les micro-organismes responsables de la fermentation ont transformé nos aliments préférés au fil des civilisations.. Accroche toi, on t’embarque dans un petit voyage… fermenté!

Nous avons un rédigé un article sur les aliments fermentés que tu trouves dans ton quotidien juste ici !

Si tu es arrivé.e jusqu'ici, c'est que comme nous, le sujet t'intéresse. (vraiment!) Alors si ce n'est pas déjà fait, regarde le TED Talk de Guilia !

Bravo à toi, tu as appris plein de choses que tu peux commencer à mettre en place. 

Par exemple, tu peux goûter un pot de légumes lacto-fermentés et faire plaisir à ton microbiote...

Si tu aimes la lecture et veux te procurer ce livre, pense aux services de Recyclivre
qui donne aux livres une seconde vie et évite de démolir des forêts... entre autres!